Le chamanisme : Origine et expansion de la culture indo-européenne PDF

Chamane toungouse, photo prise en Sibérie vers 1883. Sorcier chamane de Kyzyl, dans le Sud de la Sibérie. Le chamanisme est une pratique centrée sur la médiation entre les êtres humains et les esprits de la nature ou les âmes du gibier, les morts du clan, les âmes des enfants à naître, les âmes le chamanisme : Origine et expansion de la culture indo-européenne PDF malades à guérir, la communication avec des divinités, etc.


Cet ouvrage se propose, à travers une série d’études ponctuelles, de montrer les liens qui existent entre cultures chamanique et indo-européenne. L’auteur étudie la diffusion de la culture indo-européenne, son adaptation à de nouvelles religions, dites monothéistes et révélées, dont les mythes, parfaitement décryptables, ne firent que recouvrir des thématiques ancestrales traditionnelles. Cette culture qui, par l’expansion des peuples indo-européens, gagna jusqu’au centre de l’Asie avec les Scythes et les Tokhariens (Arsi-Kuci), devait aussi imprégner des populations totalement étrangères aux Indo-Européens. L’hypothèse d’un empire scythe ayant soumis des peuples mongoloïdes est ainsi l’une des clefs de cet ouvrage. La dispersion de ces peuples lors de la disparition de cet empire installé dans l’Altaï, sous l’effet de l’expansion des Turcs, permit de véhiculer des motifs trifonctionnels dans une partie de la Sibérie avec les Yakoutes, mais aussi jusqu’au Japon dont la formation historique est due à des cavaliers venus de cette région du monde, et dont on retrouve la trace dans les mythes fondateurs de la religion shinto. Par sa conception pluridisciplinaire : mythologie, folklore, ethnologie, histoire, cet ouvrage entend démontrer la possibilité d’unifier les sciences sous un regard structuraliste fondé sur la  » théorie trifonctionnelle « , définie par Georges Dumézil, dont Jérémie Benoit propose une analyse éclairante.

Partie de la Sibérie, la pensée chamanique a essaimé de la Baltique à l’Extrême-Orient et a sans doute franchi le détroit de Béring avec les premiers Amérindiens. Sam est une racine altaïque signifiant  s’agiter en remuant les membres postérieurs . Saman est un mot de la langue evenki qui signifie  danser, bondir, remuer, s’agiter . Ojun désigne le chamane chez les Yakoutes, terme évoquant l’action de  sauter, bondir, jouer . L’équivalent turc est kam d’où dérive en russe kamljat,  chamaniser , et kamlanie,  séance chamanique .

Shramana désigne un moine errant dans certaines traditions ascétiques de l’Inde antique, incluant le Jainisme, le Bouddhisme et la religion Ājīvika aujourd’hui disparue. Si ce bandeau n’est plus pertinent, retirez-le. La catégorie  chamanisme  pose problème aux anthropologues. Que désigne réellement le  chamanisme  quand ce terme est généralement utilisé tant pour parler des pratiques des Toungouses que de celles des urbains Européens ?

Pour répondre à cette question, il faut revoir l’histoire du mot et ce qu’elle implique. Sibérie ainsi : il s’agit d’une  procédure de médiation, rudimentaire et bonne à tout faire supposant une conception spécifique de l’homme, du monde et de la société  ainsi que de leurs relations. Le chamanisme est donc une conduite, une efficacité, une technique, à restituer dans le tout de la société. Les traits essentiels du chamanisme, dans les sociétés de chasse, sont : l’alliance avec les esprits de la  sur-nature , le voyage de l’âme, la gestion de l’aléatoire par le rapport entre chamane et esprits, mais aussi la fluidité, car le chamanisme n’est pas quelque chose de figé puisqu’il intègre. L’institution chamanique dépasse largement la région sibérienne. Tous les continents sont touchés et l’on assiste aussi à des mouvements du New Age en Amérique du Nord, en Europe et en France, avec l’émergence d’un néo-chamanisme. Si l’on prend le terme  chamanisme  stricto sensu dans le sens toungouse, alors son champ est fortement limité et ne s’étend plus qu’à cette société.

Il faudrait en fait répertorier les traits du chamanisme toungouse, et on s’autoriserait alors à appliquer ce terme à toutes les institutions partageant exactement tous ces traits énumérés. Cela étant établi, pour placer des éléments, pratiques, institutions, sous la catégorie  chamanisme  il faut donc de la rigueur. Le débat, loin d’être clos, pose toujours problème. Dans l’application du terme  chamanisme  à d’autres sociétés, il convient de justifier ce choix par une description précise des faits et pratiques qui forment le modèle que l’on veut comparer au modèle toungouse. Pour utiliser le  chamanisme  comme élément de comparaison, il faut en effet pouvoir comparer des modèles entre eux.

La nature du chamanisme fait l’objet d’un débat. L’intérêt pour les scientifiques, ethnologues et érudits divers envers le chamanisme est partagé. Sibérie, des chercheurs ont commencé à s’y intéresser. C’est surtout l’expérience extatique qui est définie comme l’expérience religieuse de base. Selon lui, il implique une représentation bipolaire ou dualiste de la personne et du monde. L’être humain est fait d’un corps et d’une ou plusieurs composantes invisibles, souvent qualifiées d’ âmes , qui survivent à la mort. Il y a ce monde-ci, visible, quotidien, profane, et un monde-autre.

Wilhelm Schmidt considère le chamanisme comme de la magie, voire comme une dégénérescence religieuse. Inversement, certains auteurs présentent la religion des peuples du Nord de la Sibérie comme chamanique. L’observation, par les médecins et administrateurs coloniaux, de l’aspect thérapeutique et du comportement du chaman ont mis un doute sur ce caractère religieux, rejoignant l’échec des théories sociologiques à le définir comme tel, notamment du fait de l’absence de doctrine, de clergé et de liturgie. L’anthropologie contemporaine ramène plutôt le chamanisme à un mode d’organisation des expériences des individus chamanes. Au centre des rituels chamaniques bouriates, il y a le jeu, jeu rituel dont l’issue rappelle les aléas de la vie de chasse, et  qui récuse la transcendance et impose l’altérité . Il est remarquable que les Bouriates se définissaient eux-mêmes comme peuples à chamanes, par opposition aux peuples à Dieux pour se différencier des Russes lors de la colonisation. Perm, sur les bords de la Kama et de l’Ob, dans l’Oural.