Le principe d’individuation : De principio individuationis PDF

La le principe d’individuation : De principio individuationis PDF entre Dieu et les créatures n’est pas une différence d’être comme chez Thomas d’Aquin ou Maître Eckhart, elle tient à ce que Dieu est infini et la créature finie, sur un même plan ontologique. L’éthique de Jean Duns Scot met l’accent sur la volonté personnelle et la charité, dans la lignée d’Augustin et Bonaventure.


Cherchant à prouver qu’il peut exister une pluralité d’anges dans une même espèce angélique, Jean Duns Scot (1265/1266 -1308) se demande ce qui fait d’un individu celui qu’il est. Ce faisant, il démontre en métaphysicien une vérité que les sciences du concret, qu’il ne prévoyait pas, n’ont cessé de confirmer, à savoir qu’il n’est rien chez un individu qui ne soit individué. Ni la matière par opposition à la forme, ni le nombre, ni le temps ni le lieu n’expliquent la singularité. Cette cause positive est la célèbre heccéité, par quoi toute nature commune est individuée en dernière instance. Or, si l’individualité n’est pas communicable, les natures le sont. L’individu prime sur l’espèce, mais l’individualisme ne se soutient pas. D’autre part, puisque la signature propre à chaque créature, pierre ou homme ou ange, est irréductible à la forme, il faut que la littérature et les arts, qui cherchent si souvent à l’exprimer, demeurent toujours en chemin, sans pouvoir saisir ce qui est dans son actualité ultime. La présente réédition corrigée donne le texte latin en regard de la traduction.

Duns, en Écosse, d’où le surnom de Scotus. Il entre chez les franciscains en 1280 et il est ordonné prêtre le 17 mars 1291. Commencée dans les collèges de son ordre, sa formation est complétée à l’université d’Oxford, où il reçoit, vers 1291-1293, l’enseignement de Guillaume de Ware. Mais c’est en 1300 ou 1302 qu’il aurait entamé, sur la recommandation du provincial franciscain d’Angleterre, son enseignement à l’université de Paris. En 1302, Duns Scot assiste à la question disputée sur la louange de Dieu. C’est son maître, Gonzalve d’Espagne, qui est en position de disputant, et l’objectant n’est autre que Maître Eckhart. Eckhart rapporte la dispute dans un sermon :  J’ai dit dans l’école que l’intellect était plus noble que la volonté, bien qu’elles appartinssent l’une et l’autre à cette lumière.

En juin 1303, Duns Scot doit quitter la France, parce qu’il a refusé de signer une pétition appelant, à l’initiative du roi de France Philippe le Bel, à la réunion d’un concile contre le pape Boniface VIII. Aussi retourne-t-il probablement à Oxford, où il reprend son enseignement. En 1305, il est fait docteur, et en 1306-1307, maître régent, c’est-à-dire directeur des études du studium franciscain, maison de formation rattachée à l’université. Fin 1307, il est envoyé à Cologne et y reçoit la charge de lector principalis pour l’implantation franciscaine dans cette ville. Sa tombe est toujours visible dans l’ancienne église des frères mineurs.

Duns Scot a été béatifié en 1993. La philosophie de Duns Scot doit être resituée dans un environnement intellectuel très complexe : celui de la scolastique après 1277. Sommes, dont la plus connue est celle de Thomas d’Aquin. La scolastique a ainsi été tenue de se réorganiser entre aristotélisme critique et augustinisme avicennisant. Duns Scot, comme une grande partie des philosophes scolastiques, sépare nettement philosophie et théologie, mais recourt souvent à l’une pour éclairer l’autre.

Comme la majorité des scolastiques, Duns Scot pense que Dieu peut être cherché par la raison, même s’il y a une révélation, car croire ce n’est pas comprendre. La théologie humaine a besoin des connaissances profanes, mais elle leur reste pourtant supérieure par la nature de son objet. Ainsi les sciences sont-elles subordonnées à la foi. La philosophie relève de la théologie et doit s’accorder avec les Saintes Écritures, bien qu’elle en soit indépendante. Duns Scot définit la science comme l’intuition complète de l’objet de cette science, i.

Mais c’est une connaissance qui n’est pas pour nous possible, et il distingue alors la science en soi et la science pour nous. Le propre de la métaphysique est de fonder ses divisions et définitions sur l’essence, puis de faire des démonstrations par la considération des causes essentielles absolument premières. Mais c’est le propre de la métaphysique en soi. Nous ne pouvons donc partir de la notion de Dieu pour en déduire tout le reste. Cette distinction est reprise dans la scolastique. Il rejette le sens appréciatif de certaines théories selon lesquelles ce sens est une faculté inférieure à l’entendement, et qui ferait sentir sans juger ce qui est utile et ce qui est nuisible.