Les Galeries Publiques de l’ Europe : Rome. PDF

En pratique : Quelles sources sont attendues ? Orazio la limpide rigueur du dessin en lui ajoutant une forte accentuation dramatique héritée de l’œuvre du Caravage et chargée d’effets théâtraux, ce qui contribua à la diffusion du caravagisme à Naples, ville dans laquelle elle s’installe en 1630. Elle devient une peintre de cour à succès, sous le les Galeries Publiques de l’ Europe : Rome. PDF des Médicis et de Charles Ier d’Angleterre.


Remarquablement douée et aujourd’hui considérée comme l’un des premiers peintres baroques, l’un des plus accomplis de sa génération, elle s’impose par son art à une époque où les femmes peintres ne sont pas facilement acceptées. Elle est également l’une des premières femmes à peindre des sujets historiques et religieux. On attribue à son viol et au procès humiliant qui s’ensuivit certains traits de son œuvre, l’obscurité et la violence graphique qui s’y déploient, en particulier dans le tableau célèbre qui montre Judith décapitant Holopherne. Ses peintures expriment souvent le point de vue féminin. Elle reprend et modifie plusieurs fois les œuvres de son père, auxquelles elle donne une touche d’une âpreté réaliste que celui-ci n’avait pas. Elle leur confère une atmosphère dramatique, si prisée par les Napolitains, en accentuant le clair-obscur à la manière du Caravage, contribuant ainsi à l’évolution de ce style d’une façon déterminante. Beaux-Arts, exclusivement masculin, lui est interdit, son père lui donne un précepteur privé, le peintre Agostino Tassi.

Un scandale marque alors sa vie. Artemisia est violée par Tassi, employé à cette époque avec Orazio Gentileschi à la réalisation des fresques des voûtes du  pavillon des Roses , dans le palais Pallavicini Rospigliosi de Rome. Celui-ci promet d’abord de l’épouser pour sauver sa réputation, mais il ne tient pas sa promesse et le père d’Artemisia porte l’affaire devant le tribunal papal. L’instruction, qui dure sept mois, permet de découvrir que Tassi avait formé le projet d’assassiner son épouse, avait commis un inceste avec sa belle-sœur, et voulu voler certaines peintures d’Orazio Gentileschi. Judith décapitant Holopherne, musée Capodimonte, Naples, 1612-14. Les actes du procès, dont l’exhaustivité des documents et témoignages a été conservée, frappent par la crudité de la relation des faits énoncés par Artemisia et par le caractère inquisitorial des méthodes du tribunal.

Eva Menzio, Artemisia Gentileschi, Lettres précédées par les Actes d’un procès de viol, Milan, 2004. Un mois après la conclusion du procès, Orazio arrange pour Artemisia un mariage avec Pietro Antonio Stiattesi, modeste peintre florentin, qui permet à Artemisia, violentée, abusée et dénigrée, de retrouver un statut honorable. La Vierge à l’Enfant de la Galerie Spada date des débuts romains. Peu après, le couple s’installe à Florence, où ils ont quatre enfants, dont seule la fille, Prudenzia, vécut suffisamment longtemps pour suivre sa mère lors de son retour à Rome puis à Naples.

Florence, Artemisia connaît un succès flatteur. Première femme à jouir d’un tel privilège, elle est acceptée à l’Académie du dessin et montre qu’elle est capable d’entretenir de bons rapports avec les artistes les plus réputés de son temps, comme Cristofano Allori. Michel-Ange, occupe, parmi ses amateurs, une place d’une particulière importance : occupé à construire une demeure pour célébrer la mémoire de son illustre aïeul, il confie à Artemisia l’exécution d’une toile destinée à décorer le plafond de la salle des peintures. Souvent en effet dans les toiles d’Artemisia, les plantureuses et énergiques héroïnes ont le visage que l’on retrouve dans ses portraits ou auto-portraits : souvent le commanditaire de ses toiles désire avoir une image rappelant visuellement l’autrice dont la réputation va croissant. Malgré le succès, la période florentine est troublée par des problèmes avec les créanciers à cause de dépenses excessives des deux époux.

On peut raisonnablement relier au désir de fuir la hantise des dettes et à la difficile cohabitation avec les Stiattesi, son retour à Rome qui se réalise finalement en 1621. L’année de l’arrivée d’Artemisia à Rome coïncide avec celle du départ de son père Orazio pour Gênes. Il n’existe cependant pas de preuves suffisantes. Séparée de son mari, Artemisia s’installe à Rome en femme désormais indépendante, en mesure de prendre une maison et d’élever ses enfants.

Artemisia cherche à amener ses deux filles à la peinture, mais sans grand succès. Artemisia montre qu’elle a la juste sensibilité pour accueillir les nouveautés artistiques et la juste détermination pour vivre en protagoniste cette extraordinaire période artistique de Rome, passage obligé des artistes de toute l’Europe. De cette période date son amitié avec Cassiano dal Pozzo, humaniste, collectionneur et grand mécène. Toutefois, malgré sa réputation artistique, sa forte personnalité et son réseau relationnel, son séjour à Rome n’est pas aussi riche de commandes qu’Artemisia l’aurait souhaité. L’appréciation de sa peinture est peut-être circonscrite à sa valeur de portraitiste et à son habileté à mettre en scène les héroïnes bibliques : elle est exclue des riches commandes des cycles de fresques et des grands retables.