Les Salons de Diderot : Théorie et écriture PDF

1765 jusqu’à la mort de ce dernier en 1784. Elle a fait l’les Salons de Diderot : Théorie et écriture PDF de nombreuses éditions posthumes, dont la première en France en 1796.


L’ensemble constitué par les premiers Salons de Diderot et les Essais sur la peinture fait figure de nouveauté radicale dans le paysage littéraire du XVIIIe siècle. Selon la ligne d’un développement ascendant, ils donnent à la critique d’art ses lettres de noblesse, l’affirmant comme une forme d’écriture inédite et, dans le même mouvement, comme une pensée théorique. Si plusieurs ouvrages ont montré comment l’écriture des Salons prolonge les réalisations littéraires antérieures, ou comment elle est portée par l’imaginaire des peintres, ou encore comment son étayage notionnel se construit progressivement, rares sont encore les études qui se sont penchées sur l’échange entre l’écriture immédiate, qui jaillit à la faveur du choc émotionnel, et la théorie qui travaille avec des concepts. Car le parcours ne va pas seulement des Salons aux Essais, comme du particulier au général, du concret à l’abstrait, de l’expérience à la théorie : entre l’écriture et la théorie, une dynamique réciproque se met en place. Les croisements et les dialogues de l’écriture et de la théorie sont le propos original de ce livre.

Multipliant les rebondissements invraisemblables, tout comme les interruptions oiseuses d’un narrateur exaspérant et omniprésent, le roman raille ouvertement les poncifs du genre, quitte à irriter son lecteur dont les attentes semblent sans cesse déçues. Par hasard, comme tout le monde. Est-ce que l’on sait où l’on va ? Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas était écrit là-haut.

Pour combler l’ennui, il promet à son maître de lui raconter la suite de ses aventures amoureuses. Mais ce récit est sans cesse interrompu soit par son maître, soit par des interventions ou incidents extérieurs, soit par des  histoires  autonomes venant se substituer au récit initial, soit par des discussions entre le narrateur et le lecteur. Bien que Diderot ne cesse de nier qu’il écrit un roman, il s’ingénie à entremêler plusieurs éléments structurant le récit. En premier, le thème du voyage est le but affiché du roman, puisque c’est par là que commence l’histoire : ils voyagent pour  affaires  et pour l’enfant du Maître. L’action véritable ne réside pas dans le voyage mais dans d’autres récits, et en particulier celui des amours de Jacques. Ces dernières occupent une place centrale, le Maître priant continuellement Jacques de lui narrer ses aventures galantes. Jacques va alors raconter son éducation sexuelle, ce qui constitue la trame principale du roman.

Enfin, l’intérêt du roman n’est pas seulement dans le récit, mais aussi dans les parenthèses qu’y insère Diderot, pour cautionner ou non une position morale, comme le jugement de La Pommeraye par le Maître, pour donner son opinion, comme sur le théâtre de Molière, ou pour parler au lecteur directement. Diderot semble en fait très attaché à briser l’illusion romanesque. Diderot se sert de l’histoire interne comme des récits annexes pour mettre en avant ses thèses concernant notamment le relativisme moral, la critique de l’Église, le matérialisme ou la sexualité. Outre sa critique sociale, Diderot, qui sait bien qu’il n’écrit pas un traité philosophique, en profite pour inclure dans son roman la doctrine fataliste. Si Diderot n’était nullement fataliste, c’est peut être plus une raillerie que l’auteur fait ici.