Temps de la prospective (Les) PDF

Les algorithmes : nouvelles formes de bureaucraties ? Depuis 2013, grâce aux conseils d’un cabinet spécialisé dans l’économie comportementale, Uber a considérablement fait évoluer le design de son application destinée aux chauffeurs. A la fois pour éviter temps de la prospective (Les) PDF fuite des chauffeurs à la concurrence et à la fois pour améliorer sa relation avec eux, en rendant l’interface plus conviviale, plus agréable. Vers des environnements de travail pour nous pousser à travailler ?


Inquiets des problèmes dont le siècle est porteur, nous cherchons sans cesse à décrypter les avenirs possibles. Or l’étude de ces futurs qui ne sont pas écrits suppose de discerner, comme pour déchiffrer une partition musicale, les temps dans lesquels s’inscrivent les différentes composantes : il faut isoler les événements significatifs, détecter les ruptures potentielles, identifier les processus de croissance économique, de transformation sociale, d’évolution technologique, d’élargissement des connaissances ; il convient aussi d’étudier les caractéristiques des durées selon qu’elles concernent les modes, les fluctuations conjoncturelles, les alternances politiques, les siècles d’or ou les périodes de traumatisme.
Comment séparer et combiner les temps qui interviennent dans toute analyse de l’avenir ? À quels horizons faire des conjectures ? Comment distinguer l’étincelle sans avenir de l’éclair annonciateur d’embellie ou d’orage ?

Un prospectiviste reconnu livre sa vision de la bonne façon de « penser l’avenir ».

Jacques Lesourne a notamment été titulaire de la chaire d’économie et statistique industrielle au Conservatoire national des arts et métiers. Il est membre de l’Académie des technologies. Il a entre autres publié Les Mille Sentiers de l’avenir, Démocratie, marché, gouvernance : quels avenirs ?Vérités et mensonges sur le chômage, Le Modèle français : grandeur et décadence et Les Crises et le XXIe siècle.

Si les conducteurs peuvent arrêter leur service à tout moment, Uber leur montre en permanence les zones de forte demande auxquels ils pourraient répondre. Uber comme Lyft proposent enfin un système de ludification des objectifs de gains des chauffeurs. La finalité des objectifs est-elle partagée ? Si les entreprises ont pour fonction de pousser leurs clients à acheter leurs produits et leurs services via le marketing et la conception, étendre ces moyens psychologiques à la force de travail elle-même est transformateur, estime Noam Scheiber. Le problème d’Uber, explique Noam Scheiber, c’est la tension entre les objectifs des chauffeurs et les objectifs d’Uber. Les conducteurs préfèrent une pénurie de chauffeurs pour augmenter leurs revenus, alors qu’Uber cherche à éviter la pénurie de chauffeurs pour servir le plus rapidement possible les clients.

S’il y a déjà eu des formes de management manipulateur, Noam Scheiber estime néanmoins que l’échelle d’application de ces systèmes est nouvelle, notamment parce que celle-ci n’a pas de limites. Uber comme Lyft se défendent bien sûr de ces pratiques en expliquant que, pour les conducteurs eux-mêmes, rien n’est pire que des conducteurs inoccupés. Noam Scheiber explique que les entreprises de l’économie collaborative adopteront peut-être d’elles-mêmes des normes pour limiter leurs capacités à manipuler leurs contractants. Comme le souligne Kelly Peters, responsable d’une société de conseil spécialisé dans les sciences du comportement, les données qui permettent à Uber de faire travailler ses conducteurs plus longtemps sont difficiles d’accès pour qu’un contrôle se mette en place. Image : dans son article, le New York Times propose plusieurs vignettes interactives permettant de comprendre les effets d’Uber, comme ici, où l’animation montre que plus une entreprise a de chauffeurs sur la route, plus cela bénéficie aux entreprises, alors que les conducteurs, eux, ont avantage à une pénurie de chauffeurs pour que les prix à la course augmentent. Qu’est-ce qui sépare l’incitation de la manipulation ? Le problème semble lié à l’omnipotence du contrôle d’Uber sur ses chauffeurs, qui en maîtrise tous les éléments, jusqu’à la forme, c’est-à-dire jusqu’à la conception même de la relation imposée par le système technique.

Uber a franchi la ligne qui sépare la motivation des employés de leur manipulation active. Or, normalement, une expérimentation psychologique doit être strictement contrôlée. La notion de consentement éclairé des  cobayes  est fondamentale, rappelle la chercheuse. Nous ne devrions pas être cobayes sans le savoir ni sans comprendre les conséquences potentielles de l’expérimentation. Le second point pour Liane Davey, c’est qu’Uber ôte de l’autonomie à ses conducteurs. Les bons systèmes d’incitation laissent le contrôle entre les mains des employés . Enfin, Uber incite les conducteurs à faire des choses contraires à leurs intérêts personnels, notamment en les poussant à travailler lorsque la demande est la moins forte et donc les revenus plus faibles, sans leur faire bénéficier de compensations.

Pour Liane Davey, les incitations d’Uber ne sont pas éthiques. En obscurcissant le but et l’existence de ces programmes de motivation, en supprimant ou limitant la capacité du conducteur à les contrôler ou à les décliner, le système demeure conçu pour maximiser les résultats de l’entreprise au détriment des conducteurs. On pourrait même aller un peu plus loin. Nos tableaux d’activités demain, nous proposerons-t-ils gentiment de rester encore un quart d’heure pour répondre à quelques e-mails et relire les dernières pages d’un rapport ? La question de la conception comportementale et de ses effets attentionnels sera au coeur de la conférence  Ethics by Design  du 12 mai, à l’Ecole normale supérieure de Lyon, à laquelle nous participerons. Le nombre de places est limité.

IA, je n’avais pas perçu cet aspect là de l’uberisation. Il est très important d’apprendre à dire non à ces robots qui veulent être nos amis. Je ne dis pas que c’est facile, surtout dans la situation de relative isolation de ces chauffeurs, mais il me semble important de rappeler cette possibilité comme inenvisageable. A noter que Uber est détenu par le milliardaire russe Mikhail Friedman, accusé d’avoir tué une dizaine de rivaux lors de la chute de l’Union Soviétique pour s’enrichir davantage.

Mikhail Fridman was one of the original Russian Oligarch who robbed the Russian state blind in the 1990s. He also is one of only a handful from the early days who is not dead, exiled or inprison. Fridman has repeatedly outmaneuvered far more politically and economically powerful rivals to end up on top, crushing his foes on the process. Chaque fois que vous prenez Uber, vous soutenez ce monstre.

Certes, mais chaque fois que vous faites une recherche avec gougle ou que vous laïkez un chat mignon sur Facedebouc, vous soutenez des gentils garçons qui fonctionnent exactement sur le même principe. Difficile de lutter individuellement contre ce genre d’abus. Vous aurez besoin de télécharger Telegram car il est basé dessus. Il est pour l’instant minimaliste, mais ça ne saurait rester le cas! Des gens qui bossent 80h par semaine avec le statut d’auto-entrepreneur, exploitable à souhait, virable en un clin d’oeil, payer au lance-pierre, ça ne se refuse pas !

Il est le côté face de la pièce frontiste. L’article est très intéressant, merci pour ces informations. D’un point de vue personnel, je trouve antisocial tout but qui se détourne de la création de richesses. J’entends en ces termes qu’une société n’est composé que d’hommes, et tout ce qui gène le fait que ceux-ci soient bien nourris, bien soignés et bien cultivés est une génération de misères. Et comme nous ne partageons que la richesse que nous créons, j’ai le sentiment que ces techniques nous rendent plus pauvre. L’informatique permet de rendre acceptables des pressions qu’on ne supporterait pas de la part d’un petit chef.

La machine est un moyen imparable de donner une légitimité à un discours et à des injonctions. Quand c’est un patron qui exploite ses ouvriers, c’est de la politique, et même si la politique n’est plus ce qu’elle était, tout le monde peut encore se sentir autorisé à en faire un peu. Quand c’est l’app Über qui tyrannise ses chauffeurs, c’est de la science et de la technologie. Et là, la quasi-totalité de la population mondiale n’y capte rien et n’a plus qu’à fermer sa gueule. C’est le déséquilibre ultime des rapports de force au travail : les employeurs imposent directement leur volonté à chacun de leurs employés, par le biais d’une machine neutre, bienveillante et même amusante. Hubert Guillaud et Rémi Sussan, journalistes, explorent l’impact des technologies sur la société. Technologies : la responsabilité suffira-t-elle ?

Quel est le rôle des plateformes dans l’économie numérique ? Si les assistants vocaux sont la solution, quel est le problème ? Comment rendre les algorithmes exemplaires ? Comment réguler l’exploitation de notre attention ? Uberland : l’ubérisation est-elle encore l’avenir du travail ? L’essentiel de la TPM pour lecteur pressé La TPM est née officiellement au Japon, en 1971. Elle est une évolution de méthodes de maintenance, notamment américaines, qui tentent d’améliorer le rendement des machines par une démarche proactive.